mardi 31 mai 2011

La Maison de Claudine, Colette.

Quatrième de couverture :
"En trente-cinq chapitres, chacun constituant une nouvelle, Colette fait revivre avec un rare bonheur dans ce livre de souvenirs son enfance heureuse, sa famille, et surtout sa mère, la merveilleuse Sido tant aimée. Les bêtes elles aussi, dont Colette parle mieux que personne, font partie intégrante de cette maison qui devient, grâce au génie de l'auteur, une maison inoubliable. La Maison de Claudine, œuvre sensible et émouvante, est l'une des plus belles de ce grand écrivain."


Mon avis : Voici la reprise de ce qui constituait un post peut-être un peu trop bavard sur le forum de Livr@ddict !


Premières impressions
Je découvre pour la première fois l'univers et l'écriture de Colette... J'avoue que je ne m'attendais pas à une telle élégance de style. Au bout de quelques chapitres, le fil conducteur qui relie les différents instants de vie de l'auteure se dégage, les points de repère se fixent, en somme, tout se met en place, de sorte qu'on finit par jeter l'ancre dans le monde qui nous est représenté.

Une fois immergée, je savoure toutes les descriptions, parfois un brin métaphoriques avec une touche de personnification, qui d'emblée me plaisent et m'invitent à me fondre dans le décor... Ce que je fais de bon gré! En effet, un des aspects fondamentaux qui me font adhérer à ce texte, c'est bien cette capacité qu'a l'auteure de nous projeter dans ses souvenirs, de nous les faire vivre, le plus souvent avec des yeux d'enfant, aux côtés de la petite fille qu'elle était. Pour ceux qui connaissent, un exemple qui me vient spontanément : celui du mariage de la domestique, quand la petite observe par la fenêtre la chambre de noce apprêtée spécialement pour les époux... avant de s'enfuir en pleurs (j'adore en particulier la manière dont se clôt ce chapitre).


Au fil des pages...
Ce que j'apprécie par-dessus tout dans ce livre, c'est le savant mélange de ressentis qu'il nous procure : malgré une certaine lucidité vis-à-vis des facettes obscures de la vie, des passions et du temps qui s'écoule, le ton reste très tendre, tandis que l'émouvant côtoie le drôle (pour le drôle, je vous renvoie entre autres à "Mon père et Mme Bruneau" et "Ma mère et le curé" :-D).

Et pour cause : s'immerger dans la sphère de Colette, c'est ici retrouver des échos de l'enfance, et par conséquent, déclencher en nous des réminiscences de cette période candide, bien que nous vivions à une époque toute autre et n'ayions pas forcément les mêmes "trips" :-) Plusieurs passages notamment m'ont fait sourire (le jeu auquel s'adonne le grand frère de l'auteure dans "Épitaphes", l'histoire autour du mot presbytère dans "Le curé sur le mur"...) ... Ah! nostalgie, quand tu nous tiens ! :-)

Puis viennent les passages sur la mère de l'auteure lorsqu'elle aborde la vieillesse : des moments forts de l'œuvre qui m'ont énormément plu. "Le rire", "Ma mère et la maladie", "Ma mère et le fruit défendu", sont des chapitres qui m'ont réellement captivée, et je dois dire, assez bouleversée.


Fin de l'œuvre
Petite baisse d'attention quand, juste après ce climax, Colette opère ce qui m'a semblé être un virage coudé dans le recueil de ses souvenirs (ma question était: "Pourquoi?!"). En fait, l'impression est passagère, le fil conducteur s'effrite bel et bien mais tout s'explique, et s'explique bien : la rupture est signifiante, on aborde une autre page de son histoire, tout en gardant le même plaisir de lecture.

Les derniers chapitres ne m'ont pas déçue. Colette réussit là à magnifier les thèmes de la maternité, en se dépeignant mère à son tour d'une petite Bel-Gazou, qui fait resurgir en elle (et en nous) la nostalgie de l'enfance tout en en soulignant l'innocence. Beau final, conforme au reste de l'œuvre. Je referme le livre avec la sensation d'avoir fait une belle découverte.

Conclusion : Un récit autobiographique tendre, émouvant, rehaussé de touches d'humour... Le tout superbement écrit : même si chaque chapitre constitue comme une petite nouvelle, un récit clos sur lui-même, la trame qui les relie est solide, quoiqu'elle n'apparaisse que graduellement. On observe une progression constante, à la fois linéaire et cyclique - à l'image de la vie, bien menée de bout en bout.